A Brest avec des mineurs isolés étrangers

4 février 2017

Aujourd’hui nous sommes à l’université de lettres Victor Segalen, dans le centre-ville de Brest pour un atelier avec des mineurs isolés étrangers coordonné par les associations Zéro Personne à la rue et Solami.

Pour cet atelier suite à un ennui de salle, nous nous installons à l’écart, dans un coin de couloir de l’université. Nous récupérons dans une des salles de classe quelques chaises et deux tables, nous installons les micros, les amplificateurs et nous voilà prêts : la magie opère : nous sommes dans un studio de radio !

Cinq jeunes participent : Mamadou, Boubakar, Abou, Ousmane et Armel. Kevin et Mamadou se joignent à nous en cours de route. Ces adolescents que l’administration française nomment des « mineurs isolés étrangers» se présentent timidement.  Ils gardent leurs épaisses doudounes mouillées par la bruine du dehors. Ils ont entre 15 et 18 ans. Seul Armel est très bavard, il nous raconte déjà, en parlant de lui à la troisième personne, qu’il adore le théâtre d’improvisation et la chanson « le téléphone pleure » de Claude François.

L’atelier commence sous les regards de Brigitte, Robert, Charlie, Lisa et Sylvain, des bénévoles brestois investis dans l’action en faveur des personnes migrantes. Mamadou s’exprime en peuhl, Ousmane l’encourage et Boubacker traduit. Ensemble, nous partageons nos souvenirs de radios. Les adolescents timides se dérident lorsque nous abordons des souvenirs de matchs de footballs et la force de certains présentateurs pour faire exister en quelques mots dans l’esprit des auditeurs des actions. Abou révèle alors qu’enfant, il a demandé à son père et son frère d’où provenaient les voix qu’il entendait et cherchait sous la table. En fait, elles provenaient du poste de radio.

Il est temps d’utiliser les micros, Armel et Ousmane s’en emparent en premier. Ils lancent la conversation, s’interrogent et parlent de sport puis Abou parle de sa passion pour la musique, en particulier d’Alpha Blondy. Il chante. L’échange prend fin, ils rient. Ousmane dit qu’il trouvait dur de s’exprimer dans un micro, mais que cela va mieux maintenant.

Abou, presque inquiet, nous demande de quoi nous allons parler dans le reste de l’émission. Un des adolescent lance : « de la vie à Brest », un autre souhaite évoquer son chemin jusqu’en France. Boubackar réplique qu’il ne préfère pas, que « c’est trop dur » et que « ça [le] réveille la nuit d’y penser ». Chacun écrit un thème sur un papier.

Les adolescents inventent un jingle. Armel introduit l’émission et la conversation démarre sur la vie quotidienne à Brest, les galères administratives, le centre d’accueil, les passions, la musique, l’avenir et quelques questions bonus que nous glissons aux adolescents. L’un d’entres elles est : « si vous pouviez inviter n’importe qui à dîner, qui serait cette personne ? ». « Emmanuel Macron », réplique soudain Ousmane, « comme ça il pourrait débloquer ma situation administrative en claquant des doigts ».

En théorie, ces adolescents peuvent bénéficier de l’aide sociale à l’enfance, en pratique face à l’administration ils peinent à faire reconnaître leur minorité ou leur isolement et se retrouvent à la rue. Une situation qui concernerait une centaine de mineurs, rien qu’en Ile-de-France et qui existe aussi à Brest, comme en témoigne les paroles de cette émission.

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